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Un amour encombrant

  • Monique Derrien
  • 14 nov. 2020
  • 1 min de lecture

Une fois encore ma mère me consigne à la maison, prison dorée où elle me séquestre afin que je passe quelques jours avec elle. Là elle me parle encore et toujours de l'homme du désastre qu'a été mon père, de ce bon à rien comme sa mère, de cette part manquante dans notre foyer comme si, moi son enfant je ne suis là que pour partager, comprendre, prendre parti, effacer la colère, la douleur qui ont envahi tout son être.

Je fais la prière silencieuse pour que tout s'arrête. Elle me poursuit de son amour qui m'encombre. Traversant une fenêtre, je crois être le seul à voir cette chose dans le ciel.

Je pars, je fuis et rejoins cet équilibriste à barbichette, vêtu d'une redingote noire et d'un chapeau melon. Il court, il vole l'homme joie, avec son filet à papillons. Nous sommes dans le monde de Némo. Il vogue au-dessus des vagues et tente d'attraper des poissons, des étoiles, des fleurs, des feuilles. Son corps s'ouvre. Un magicien apparaît et s'assoit sur sa jambe. Et moi, je suis là,

spectateur de ce mystère, dans ce temps silencieux de cette vie blanche.

Un bruit de balançoire arrête mon voyage. Ma mère s'est assoupie. Louise Amour m'attend dans le jardin.

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